Bien-Être

Pourquoi vaut-il mieux se tenir loin du make-over numérique?

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Par Dre Charlotte Gamache, psychologue

L’avènement du selfie nous a bien fait jaser au milieu des années 2000. On avait tous une opinion sur le sujet et ça a donné lieu à d’intéressants débats entre amis. Quinze ans plus tard, ce comportement est devenu si banal qu’on n’en parle même plus! Ce qui retient maintenant notre attention, c’est le recours à la retouche numérique de ces selfies. Et pour cause! Son usage ne semble pas connaître de limites. Une étude réalisée en 2014 auprès de 1710 américains d’âge adulte indiquait que 50% d’entre eux retouchaient numériquement leurs selfies (1). FaceTune, une application permettant d’éditer ses selfies est d’ailleurs l’application payante la plus populaire sur Apple depuis 2017!

Pourquoi certain(e)s cherchent-ils donc à retoucher leurs photos?

Nous pourrions croire que des insatisfactions à l’égard de l’apparence physique sont à l’origine de ce genre de pratique. Si c’est parfois le cas, ce n’est toutefois pas le motif principal. Bien souvent, l’utilisation vise plutôt à offrir une représentation idéalisée de soi-même. Pour certains, il y aura un désir d’avoir un physique plus avantageux que celui des autres et ainsi affirmer une certaine supériorité. Pensons par exemple aux sœurs Kardashian. Pour d’autres, cette pratique suggérera la présence de traits perfectionnistes prononcés. Nous observerons alors chez eux un désir exagéré de paraître parfait aux yeux des autres. La dissimulation des imperfections physiques servira principalement ce but (2).

Si la retouche d’un selfie nécessite à peine 1 minute et est extrêmement répandue, cette pratique n’est pas sans préjudice pour la personne qui y a recours.

Voici trois répercussions négatives que cela peut avoir sur cette dernière…

  1. Même si la personne est satisfaite de la version retouchée de sa photo, le recours à la manipulation numérique de celle-ci affecte négativement sa satisfaction faciale et corporelle. Plusieurs études ont démontré qu’une personne se sent plus insatisfaite de son apparence physique après avoir retouchée une photo qu’après avoir pris plusieurs selfies. La comparaison entre l’apparence physique réelle et sa version améliorée serait en cause. Qui plus est, il semblerait que l’ampleur des retouches photos est proportionnelle à l’importance des insatisfactions corporelles. Autrement dit, plus les retouches apportées au selfie sont importantes et plus grandes seront les insatisfactions corporelles. (2)
  2. La retouche de ses photos exacerbe l’auto-objectification. Pour faire simple, l’auto-objectification, c’est quand une personne internalise le point de vue d’un observateur sur elle. Une manifestation de l’auto-objectification est la tendance à surveiller son corps continuellement dans le but de s’assurer qu’il correspond aux standards de la société. Rentrer son ventre lorsqu’une personne nous regarde est un signe d’auto-objectification, par exemple. Le sujet est assez complexe. S’il vous intéresse, je vous invite à lire sur celui-ci. Pour l’instant, retenez simplement que retoucher ses photos augmente l’auto-objectification et que l’auto-objectification est un fléau! Il est associé à de fortes préoccupations corporelles, un sentiment de honte à l’égard de son corps et des symptômes dépressifs. Bref, on n’en veut pas! (3)
  3. Enfin, les personnes qui retouchent leur photos rapportent bien souvent avoir le sentiment d’être malhonnête, ce qui mine leur humeur ainsi que la représentation qu’elles ont d’elles-mêmes. On observerait même une corrélation entre la retouche de ses photos et une humeur dépressive. De quoi y penser par deux fois avant de manipuler son selfie! (4)

Nous avons résumé de manière très succincte les effets négatifs de la retouche numérique de photo sur les personnes qui y font usage. Vous devinez aisément que cette pratique a aussi des répercussions négatives sur les personnes qui sont continuellement exposées de photos retouchées. Pour notre bien-être et pour celui d’autrui, tenons-nous loin de cette pratique!


Références
1. Chae, J. (2017). Virtual makeover: Selfie-taking and social media use increase selfie-editing frequency through social comparison. Computers in Human Behavior, 66, 370-376.
2. Tiggemann, M.,  Anderberg, I., & Brown, Z. (2020). Uploading your best self: Selfie editing and body dissatisfaction. Body Image, 33, 175-182. 
3. Jones, B. A., & Griffiths, K. M. (2015). Self-objectification and depression: An integrative systematic review. Journal of Affective Disorders, 171, 22–32. 
4. Lamps, S. J., et al. (2010). Picture Perfect: The Relationship between Selfie Behaviors, Self-Objectification, and Depressive Symptoms. Sex Roles, 81, 704–712.

Charlotte Gamache

Psychologue clinicienne, Charlotte se spécialise dans le traitement des troubles de la conduite alimentaire et de l’image corporelle. Depuis 2015, elle traite régulièrement des personnes souffrant de dysmorphie corporelle, de boulimie, d’orthorexie, de néophobie alimentaire, ainsi que des patients sur le point de subir une chirurgie bariatrique. Elle est également la créatrice du tout premier programme en ligne sur l’image corporelle. Constatant que l’alimentation et l’image corporelle sont une source de préoccupation grandissante dans notre société et que cela entraîne de nombreux problèmes, Charlotte est heureuse de partager son expertise au plus grand nombre afin d’éveiller les consciences et d’apporter des solutions concrètes.

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